Un gaou à Dakar : Saison 1 Episode 8 - La question du retour

Je me rappelle très bien de ce jeudi il y a un peu plus de 5 ans. On était en plein mois d’octobre. J’étais chez mon meilleur ami Amos. Je m'étais imposé la noble mission de lui apprendre le sens de la vie (42!). Et la leçon du jour consistait à organiser un weekend réussi avec la faiblesse de nos ressources. Quand vers 19h, ma mère adorée m’appelle.
  • L’ancre de ma vie : Tu es où ?
  • Le meilleur fils qu’elle puisse avoir : Chez Amos. (Mais qu’est-ce que j’ai encore fait ? Réfléchissons vite et trouvons une parade foireuse)
  • Ma source de réconfort : Rentre tout de suite. Ton père a décidé que tu voyages demain soir. Je suis en route pour la maison.
  • Le génie que je suis : hein ? Je ne comprends pas.
  • Celle qui manie le cynisme mieux que Le Petit Journal : je te dis de rentrer et tu me poses des questions bêtes.
  • Maro : mais je voyage pour aller où ?
  • Mon soutien éternel : étudier en France.
Pour cadrer un peu les choses, je passais en 3ème année universitaire au sein de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Bénin. J’étais un peu “rebelle”. Après mon bac, j’ai refusé de voyager pour mes études. Après la deuxième année, je voulais voyager. Mes parents ne voulaient pas : je dois avouer que j’étais aussi sérieux que Le Gorafi. Puis par la suite, pour mon bien, on a décidé de m’exiler en France. Sans me demander mon avis.

Bref, dimanche matin, je me retrouve à Poitiers, ville dont j’avais vaguement entendu parlé. Mon père l’avait évoqué comme destination pour mes études universitaires. Suffisamment loin de Paris mais suffisamment proche histoire de m’avoir à l’œil qu’il disait.

L’exile commença. Avec du recul, cette décision parentale est dans le top 1 des meilleures décisions que mes parents ont pris pour moi. J’ai appris à être autonome, à gérer un budget, à cuisiner, à organiser mes papiers, etc. J’ai appris à vivre en autonomie. C’est en France que j’ai commencé à devenir adulte en un mot. J’y ai fait de superbes rencontres, vécu des expériences extraordinaires, traversé mes pires dépressions, connu la joie et le bonheur. Et surtout j’ai payé mes premiers impôts. L’expérience ultime.

Pourquoi je raconte tout ceci ? Parce que comme beaucoup de migrants, je me pose la question du retour au bercail. A mon sens, personne ne quitte chez lui pour un avenir plus sombre. Certes, l’expérience peut tourner court, mais c’est toujours la quête d’une vie meilleure qui justifie une expatriation. Et à un moment donné, on se pose tous la même question : je rentre ou je ne rentre pas ? J’entends d’ici les réponses de certains. Des « l’Afrique a besoin de vos compétences » aux « tu seras toujours un étranger, tu n’es pas chez toi ici ». Mais quand on a ses habitudes dans le pays d’accueil, quand on a noué les plus fortes amitiés, quand on s’est adapté, répondre à cette question est aussi compliqué voire plus que FIFA ou PES / carbonara ou bolognaise / pain aux raisins ou pain au chocolat ? Des questions aussi existentielles que pertinentes.

Je n’ai pas encore la réponse. Je n’ai pas encore décidé. On verra bien.

En attendant, je vous invite à découvrir un web-docummentaire sur les jeunes béninois de l’étranger. Il s’agit d’un projet réalisé par Sinatou SAKA, une amie qui m’importe beaucoup. Elle m’a fait l’honneur de m’y associer.

Au menu :

  • Le prologue: elle explique sa démarche personnelle et la raison de ce web-documentaire
  • Les étudiants étrangers en France: l'essentiel des chiffres clés en PDF (selon le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), en 2011-2012, la France a accueilli 288 544 étudiants étrangers)
  • Trois entretiens avec de jeunes béninois à l'étranger (Esperan PADONOU, Chams LINKPON, Romel HAZOUME) qui expliquent leurs parcours et portent un regard sur l'Afrique d'aujourd'hui et le Bénin de demain.
  • Les attentes des jeunes africains de la diaspora (Ces attentes sont issues d'une enquête réalisée entre le 1er et le 8 avril 2014)
  • Une carte interactive des associations béninoises en France en Bonus.
Tout au long du web-documentaire, une fiction servant de fil conducteur rédigée par Régis EZIN (un ami et modèle qui a fait le choix de rentrer) et moi. Elle permet de se plonger dans un voyage d'Afrique à l'Occident et de l'Occident en Afrique.

Pour y accéder : http://goo.gl/FuwOst

Bonne lecture :)

“Bopp du ngir karaw kessé.”* — (Proverbe wolof)

*La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux.

Nota Bene : je travaille sur un projet dont l’objectif est de fournir aides et assistance aux étudiant(e)s-entrepreneur(e)s. Je réalise donc une courte enquête de 3 questions. Je ne serai pas contre une participation (d’étudiants résidents en Europe par contre. Merci aux autres de faire passer à leurs contacts). C'est par là que ça se passe : http://goo.gl/forms/4Ik6wZERZX

Une petite vidéo de chatons pour vous remercier.

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