Un gaou à Dakar : Saison 1 Episode 7 - Le changement, c'est en cours

S’il ne devait en rester qu’un, mon séjour à Dakar a eu au moins le mérite de me faire changer de style vestimentaire. Je suis devenu ce que maman qualifierait de jeune présentable : chemise, pantalon et souliers. Et j’aime ça. J’adore ça. Ne me demandez pas pourquoi. Et quand je switche vers mon style street casual habituel (en gros mettre le premier truc sur le quel tu tombes), je sens clairement que je ne suis plus dans la peau du jeune consultant mais d’un jeune homme d’une vingtaine d’année. En cela cette expérience dakaroise me permet petit à petit de dépassionner ma vie professionnelle, à être dorénavant capable de scinder vies privée et professionnelle. Et surtout ne pas laisser cette dernière prendre le pas sur le reste.

Outre cette découverte, un changement plus profond est en train de s’opérer. Quelque chose en moi est en train de se casser ou de se construire. Je n’en ai aucune idée. L’intello en moi dira que c’est de la destruction constructive. Je sais juste qu’à la fin de cette expérience, je ne serai plus la même personne et que certaines priorités auront changé même si les objectifs resteront les mêmes. En temps et heures opportuns, tout sera plus clair. Peut-être je m’engagerai dans les ordres, qui sait ?

Ceci dit, il n’y a pas morts d’hommes. A part la SDE qui prend un malin plaisir à couper l’eau à des périodes indues. Tu sors du boulot à 23h. En chemin tu fantasmes sur la longue, délicieuse et extraordinaire douche que tu prendras. Tu te déshabilles, tu entres sous la douche et surprise : pas d’eau ! Et tu te surprends, tout nu, à vociférer des insultes qui feraient rougir un charretier. Les choses de Dakar. Mais on s’y fait.

Sinon pour le chiffre de la semaine passée : 1 000 000. 1 000 000 de bébés sont nés grâce au programme européen d’échanges universitaires Erasmus. Imaginons un peu le nombre de couples binationaux formés. Sortons un peu du cadre d’Erasmus : imaginons le nombre de bébés, de couples formés par de jeunes européens ayant étudié en Amérique avec des américains, de brésiliens ayant étudiés à Londres, de béninois ayant étudiés au Sénégal, etc… Tout ceci me laisse croire que le futur de l’humanité sera peut-être un peu moins sombre que je le pense. Du fait de ces diversités. Le défi sera de pouvoir garder nos identités culturelles tout en promouvant la diversité.

Le clip de la semaine passée est celui de Nico & Vinz : In Your Arms. La première fois je les ai entendu, c’était sur Am I Wrong. A la première écoute pour moi, il s’agissait de jeunes "blancs". Mais non. Ils sont noirs, norvégiens d’origine ivoirienne et ghanéenne. Bien fait pour mes préjugés. Leur second album sort en octobre et s’appellera « Black Star Elephant » (Le clin d'oeil n'est pas passé innaperçu) . Je suis impatient.

Dans la même veine, il y a également Cris Cab, chanteur à dominance reggae. Lui également. J’ai jugé qu’il avait au moins des rastas sur la tête et serait peut-être noir. J’avais faux sur toute la ligne.

Et la polémique de semaine passée revient à mes compatriotes. Je vais vous parler des égouns. La légende dit que les égouns sont des personnes déjà disparues qui reviennent au cours d'une cérémonie spéciale dans laquelle on les invoque. Selon les chefs traditionnels de cette divinité, le vrai égoun vient d'Oyo au Nigeria. L'histoire raconte que le roi Guézo a ramené au Dahomey (ancien nom du Bénin) des esclaves, du Nigéria. Ces derniers sont allés au champ et chacun en ce moment exprimait sa joie de ne pas avoir été tué. L'un des esclaves fait savoir à ses amis, qu'il possède des pouvoirs surnaturels et par simples incantations il pouvait produire assez de miracles. Personne ne le croyait. Il décida de passer à l'acte. Il prit un bâton et frappa le sol… La suite par .
Les égouns sont un élément culturel fort de mon pays. Mais nous n’avons jamais su exploiter le potentiel de développement qu’ils représentaient. Je ne sais pas comment ça s’est fait mais il y a des spectacles de égouns en Argentine. Oui oui. En Argentine. La vidéo a circulé sur Facebook. D’un côté, il y ceux qui trouvaient ça drôle, de l’autres, certains qui se plaignaient du « vol » de nos traditions. Et puis il y a moi et quelques-uns, nous demandant comment on en ait arrivé au point où d’autres pays complètement opposés au notre, arrivent à bien exploiter nos éléments culturels mieux que nous.
Argentine vs.
Bénin

Aussi, on a l’ouverture du site cdisount.sn. Pendant longtemps, nous nous sommes convaincu que l’Afrique subsaharienne n’était pas une terre de e-commerce. Puis Jumia le nigérian piloté par des allemands et cdiscount le français (Groupe Casino) sont venus nous démontrer le contraire. Et je pense aussi aux sociétés comme OuiCarry qui devront changer de business model bientôt sous peine de disparaitre. Il serait peut-être temps que nous voyons tous réellement notre continent comme une terre d’opportunité et que nous allons chercher ces opportunités et s’il le faut, les créer. Parce que sinon, les autres le feront pour eux chez nous et sans nous.

“Bëggum ñeex duma taxa dëppoo cin lu tàng.”* — (Proverbe wolof)

*Ce n’est pas parce que je veux de la sauce que je vais me retourner la marmite chaude sur la tête.

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