Un gaou à Dakar : Saison 1 Episode 3 - Code de la route, amitié, tiep et enfance

Suivant nos expériences, il arrive que nous trouvons des éléments de comparaisons entre 2 faits, situations qui, à priori, n’ont rien de comparable. C’est ainsi que j’en suis arrivé à comparer la croissance française et le code de la route dans son application sénégalaise. En France, chaque jour on entend parler de la croissance. On sait qu’elle a existé et on espère tous son retour. Idem pour l’application du code de la route à Dakar. On sait que le code de la route existe, qu’au début il était un minimum appliqué et on attend, tel le Messie, le retour de son application par tous. En dehors de l'attente messianique commune, les ressemblances s’arrêtent là. Si en France tout le monde a son opinion pour faire revenir la croissance, si tous les partis politiques ont leurs programmes de retour à la croissance, au Sénégal l’application du code de la route obéit à une seule règle : la route est une jungle et les taxis, cars-rapides et autres calèches sont les rois. Et puis c’est tout. Tourner sans mettre le clignotant, facile. Tourner brusquement sans mettre le clignotant, la base. S’arrêter brusquement en plein milieu du trafic puis tourner brusquement sans mettre le clignotant, une constance. Les règles de priorités ? C’est quoi ça ? Que veut dire priorité même ? C’est un mot français ? Le passage piéton ? Mon frère, si je te cogne là, on saura qui entre moi dans ma voiture et toi piéton, qui aura le plus mal. Les feux et panneaux de signalisation ? Mouf ! Moi je suis pressé hein, une autre fois. And last but not least, entretenir son moyen de transport est d’un facultatif pour la majorité des dakarois. Pourvu qu’il marche. Le reste importe peu. C’est ça aussi le charme de Dakar. Il faut s’adapter, être aux aguets constamment pour espérer rentrer en un morceau. L’avantage, pour ceux qui me connaissent, c’est que je ne mets plus mes écouteurs tout le temps. Je veux bien être dans ma bulle mais je veux aussi et surtout rentrer en un seul morceau, sain et sauf.

Dakar, c’est aussi l’occasion de reprendre contact avec d’anciens camarades de collège et lycée. J’ai passé 3 superbes soirées. Nous avons passé notre temps à nous remémorer les bêtises au collège, les embrouilles du lycée, les tics de certains professeurs et de certains camarades. D’excellents moments. Et plus je vieillis, plus je me rends compte du caractère précieux de ces instants qu’on passe avec ceux qu’on apprécie et aime. Le plaisir inégalable des instants simples.

Dakar, c’est surtout le moment de rencontrer des sénégalais, de comprendre leurs modes de fonctionnements, leurs structures sociales et leurs codes. J’ai passé la journée du samedi dans la famille d’une amie à mes parents. Le tiep bou dien (riz sénégalais) au déjeuner avec toute la famille (de la grand-mère aux petits enfants) réunie autour du même plat, les jus de bissap et de ditakh, les histoires, l’ambiance. Ce fut l’une des journées les plus gratifiantes de mon existence. Une journée de partage et d’apprentissage réciproque. Dieu bénisse les sénégalais.

Dakar c’est malheureusement les enfants qui mendient dans la rue. Et ça me fout les jetons jusqu’au tréfonds de mon âme. Un enfant n’est pas fait pour mendier sous n’importe quel prétexte ou code sociétal. Un enfant est fait pour s’amuser, rire, apprendre dans la joie. Un enfant doit avoir le regard pétillant et la tête pleine de rêves. Et c’est avec plaisir que je vais m’engager au sein d’une association pour combattre ce fléau, apporter ma petite contribution pour rendre des enfants heureux. L’enfance est le seul moment de la vie où le bonheur puisse être un état. Et je vais me battre pour cet état pour ces enfants.

Dakar c’est tout ceci et encore beaucoup plus. On la prend entièrement avec ses défauts et ses qualités. Vive Dakar.

“Loo xam xam pax, janax gën lëkoo xam.*” — (Proverbe wolof)

*Tu as beau connaitre le trou du rat, il connait son trou mieux que toi

comments powered by Disqus