Maman, ma Jeanne d'Arc-en-Ciel

J'avais déjà parlé des femmes de ma vie. Cette fois ci, je parle des mères de ma vie.

C’est long 4 ans loin de toi. C’est long 4 ans loin de tes anniversaires, à n’entendre tes rires trop souvent par téléphones. A ne voler que quelques précieux instants, de douces périodes de quelques semaines sur l’autel des sacrifices pour un avenir professionnel radieux. C’est long. C’est dur. C’est chiant. C’est éreintant. C’est éprouvant. On dirait un piège sans fin. A tel point que des fois, je me demande si tout ceci en vaut la peine.

Mais le plus beau dans tout ceci, c’est qu’il suffit d’un appel, d’un mail et je suis chaud comme si j’avais bu un tonneau de RedBull.
Vois-tu, je ne le répéterai jamais assez mais tu es mon ancre. Tu es ma base. Et quand je dois faire face aux difficultés, quand je me remets en cause les valeurs que tu m’as inculqué refont surface. Ce sont ses valeurs qui nous guident Axel, Sephora et moi.

J’avoue, j’ai eu une adolescence chaotique. J’avais un éventail très large de bêtises Je t’en ai fait voir de toutes les couleurs.
Mais au-delà de tous, au plus profond de moi tu as sacralisé des principes humains. Tu n’arrêtais pas de me dire "comparaison n’est pas raison mon fils". Adolescent, je ne pouvais pas comprendre. Mais aujourd’hui je peux apprécier la justesse de ce propos. Comme tu as l’habitude de dire, "il faut t’expliquer longtemps avant que tu ne comprennes". Mon parcours, mon histoire sera forcément différente de celle des autres. Donc je ne peux en aucun cas prétendre aux mêmes privilèges, aux mêmes expériences qu’eux. La seule occasion à laquelle je peux comparer avec quelqu’un d’autre, c’est pour voir si je ne peux l’aider, lui rendre un service, lui faire plaisir. J’ai mis moins de temps à comprendre. Mais en effet, pourquoi ne pas aider l’autre ? Pourquoi ? Une fois tu m’as dit : si je n’aide pas les autres, et que un jour après que je ne sois plus là, toi mon fils tu as besoin d’aides, qui t’aidera ? Qui t’apportera soutien et réconfort si tes parents n’ont pas porté soutien et réconfort à d’autres ? Poses toi toujours la question mon fils, est ce que tu veux léguer un monde où personne n’aide personne, un monde d’individualisme malsain à tes futurs enfants ? Au point que j’ai tellement de « frères », tous ces individus que tu as pris sous tes ailes et qui sont aujourd’hui au 4 coins du monde. A bien fouiller, il doit y en avoir surement un en Chine. Qu’est-ce que j’étais jaloux d’eux. Mais j’ai fini par comprendre et intégrer tes conseils à mon mode de vie.

Tu me manques. Tout me manque. Ta sévérité, ton intransigeance durant l’éducation de mes frères et moi, nos disputes (assez violentes, je reconnais), ton sens du bien commun. Ta cuisine, tes gâteaux, ta conduite assez virile. Ce mélange de rigueur et de douceur. Je donnerai tout pour que t'entendre crier en cet instant "Gael est ce que tu as rangé ta chambre ?". Ou sa variante "est-ce que tu as fait ta lessive ?". Ni le classieux "Gaeeeeeeel, descends! Descends tout de suite".
Mes plus grosses frayeurs : quand tu disais "tu n’es pas un enfant digne, tu me fais honte". (Amos et Méli, je vois vos sourires en coin, bande de joyeux canaillons). Je pouvais me faire seppuku quand tu sortais ces mots. J’espère qu’aujourd’hui, je suis plus digne de ton éducation et de tes valeurs. Et oui, je vais continuer de pleurer à chaque fois que je te revoie et encore plus à caque fois que je dois repartir. Je m'en fous de me donner en spectacle dans les aéroports.

A César, ce qui lui revient. Tu n’as pas été seule à me faire grandir. Une pensée pour mes autres mères et mes nombreuses grand-mères (j’ai une famille assez exceptionnelle voyez-vous).

A ma tante Gladys, si je retiendrai une chose de toi et que je transmettrai surement à mes enfants, c’est le sens du sacrifice. Je n’ai jamais vu un sens du sacrifice aussi profond chez un autre ^tre humain. Se dévouer pour les tiens, jusqu’à l’usure. Je ne te le dis pas assez, mais je t’aime plus que tout. Soyons honnête, j’aime moins les 15 premières minutes quand on se retrouve. Tu me fais la morale toujours : je ne donne pas de nouvelles, je ne prends pas suffisamment soin des miens. C’est dur à encaisser surtout que tu sais y faire. Mais passé ce sale quart d’heure, tu me gaverais de nourriture chaque seconde jusqu’à mon départ si je ne fais pas attention. Et même après mon départ si je compte les provisions, les plats cuisinés. Et ça, il n’y a pas de mots assez forts pour t’exprimer ma gratitude.

Tata Armelle, j’ai finalement compris qu’il faut être ambitieux mais que cette ambition doit s’accompagner d’efforts constants. Le succès, il va se chercher au forceps. Pas en énonçant nos rêves tous les jours.
Tata Nadia, toujours là pour me remonter le morale, prendre des nouvelles

Tata Judith et tata Cécile, je sais que je peux tomber malade aussi gravement que je le souhaite. Vous allez me requinquer.

Tata Mireille, avec ton attention discrète mais continue. Je sais que si j’ai besoin de parler tu es là. Avec ma petite Ahouefa, ma petite princesse.

Tata Sylvie, un modèle d’inspiration. Je ne suis pas avocat mais ce n’est pas passé loin. Et puis, il n’est pas encore trop tard.

Tatas Peace (RIP), Placide, Christelle, Ange, Jocelyne, merci pour les fous rires.

Mes grands-mères Marguerite, Annick, Laetitia qui m'ont appris à apprécier la culture, à voir le meilleur dans chaque être humain.

Ma grand-mère Jeanne-Laure. S’il devait avoir une femme dans ma vie, ce serait elle.

Les mères de mes amis. Je ne vais pas toutes les citer. Mais j’espère bien que vos enfants vous feront lire ces lignes. Pour élever des individus comme eux, ayant un ami comme moi, il en faut de la force de caractère.

Merci à toutes. Je ne suis pas seulement le fruit des valeurs de ma mère. Je suis vous. Je suis vous toutes. Et si aujourd’hui, j’en suis à ce niveau, c’est en grande partie grâce à vous.
L'un de mes souhaits les plus précieux est d'avoir une compagne qui vous arrive ne serait ce qu'à la cheville.

Une pensée pour mes amis qui ont perdu un parent, qui ont perdu une mère. Je ne sais pas comment vous faites chaque jour. Je ne sais vraiment pas. Force et courage.

4 ans, c’est long. Mais ce n’est que partie remise.

“I remember my mother's prayers and they have always followed me. They have clung to me all my life.” — (Abraham LINCOLN)

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