La banalité du bien

Attentats-suicides journaliers à Bagdad et environs, tireur fou en plein Paris, situation de pré-génocide en République Centrafricaine, typhon Haiyan aux Philippines, crises socio-politico-économiques planétaires, etc. Autant dire que les choses ne se passent pas très bien ici bas. Si on ajoute la raréfaction des ressources et le réchauffement climatique, les perspectives à long termes sont très peu ragoutantes. Sachant en outre que 90% de ces faits sont dus aux êtres humains, la boucle est bouclée. Fin du game. Que Dieu nous tue tous, Il reconnaîtra les siens. Raison pour laquelle d'aucuns arguent que l'homme est intrinsèquement mauvais, très peu digne de confiance. Une comparaison est même faite avec les canidés : l'homme est un loup pour l'homme. En gros le monde va mal et les descendants de Lucy en plus d'être de gros salopards sont entrain de devenir des quadrupèdes. Si j'étais quadrupède, si j'étais un loup je serai profondément vexé.
Mais voilà, j'ai un gros souci. Entre l'atmosphère ambiante, les supputations de la majorité et ce que je crois, il y a un univers. J'estime que les humains sont passionnément altruistes, fondamentalement bienveillants. Explications.
  • Prenez des enfants, de préférences de jeunes enfants. Ils sont la personnification de la bienveillance. Ils sont toujours prêts à partager leurs goûters, ne font pas de différences entre les individus selon des critères stupides comme la race, l'orientation sexuelle, la religion, etc. Donc voilà, les humains ne sont pas intrinsèquement mauvais. Loin de là.
  • Prenez la science. Les recherches scientifiques le prouvent (ici et ). Faire le bien est le propre de tous. Etre altruiste est à la portée de chacun. D'où, faire du mal est un choix volontaire contraire à notre essence et faire du bien est naturel pour l'homme. Etre altruiste est instinctif et bon pour le coeur.
  • Prenez les médias. Entre 100 jeunes qui s'organisent pour mener une activité caritative et des journalistes assassinés dans l'exercice de leurs fonctions, quelle information sera relayée? Entre un patron qui verse tout son salaire à ses employés et une entreprise entrain de limoger, je vous laisse deviner vers quoi l'attention de la majorité est fixée.
  • Posez vous une question. Quel genre de monde voulez-vous léguer à vos descendants? Un monde où tout part en sucette, où la loi du plus fort règne? Un monde où les inégalités et les illégalités sont la norme? Un monde où la confiance sera aussi improbable qu'un enfant caché entre le pape Benoit XVI et Nafissatou Diallo?
Pour ma part, je suis un vieil adepte du bien. Je veux rendre ce monde meilleur, je veux changer le monde. Et je m'oppose farouchement à la légende urbaine énonçant qu'il faut être riche, avoir du temps libre, etc pour faire du bien. Faire le bien n'est pas le monopole de certains individus. C'est vrai que c'est plus simple dans ces situations mais faire du bien n'est pas compliqué et ne nécessite pas autant. Il peut s'agir d'un sourire à la vendeuse, d'un bonjour au facteur, quelques mots gentils avec le livreur de pizza, etc. En fait, je crois que les plus beaux actes de bienveillance sont les plus simples et anodins. Et ce changement peut être à très petite échelle avec un impact limité mais c'est un changement.
Un acte de bien est devenu tellement banal qu'il est devenu insignifiant et chacun prétend s'en passer, ne pas avoir à le faire. C'est ce que Matthieu Ricard appelle la banalité du bien. Un mal pour un bien je dirai. Le fait que le bien soit devenu banal est une force. Il attire très peu d'attentions et permet de s'y consacrer. J'ose croire que nous voulons tous un monde meilleur, j'ose croire que nous volons le changer. J'ose croire que chacun sera acteur de ce changement.
Que le bien soit vous, que le bien soit avec vous!

"J'aime à faire faire le bien, et semer suffit à mon ambition, je ne tiens pas à récolter." - (Henri-Frédéric Amiel)

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