I'm human

Because I'm human

Il était une fois, un jeune africain qui faisait une partie de son cursus universitaire en Italie. Pendant ses vacances, il a décidé de visiter son pays d’accueil. Il s’est retrouvé dans le nord non loin de la frontière suisse, dans une ville appelée Udine. Croyant, il décide d’aller à la messe. C’était les débuts du SIDA. On ne savait pas énormément de choses sur la maladie et les rumeurs les plus folles circulaient. Il était le seul noir dans l’assistance. Le prêtre a déclamé son homélie de manière à décourager le jeune homme à communier. Il dérangeait. Le jeune homme est sorti tranquillement, histoire de les laisser profiter de leur foi entre eux.

27 ans plus tard. Un autre jeune africain à Shanghai décide de sortir un samedi soir. Il pensait profiter pour faire la fête comme les jeunes de son âge. Il choisit le Hollywood, club dans lequel ses camarades avaient certaines habitudes. Une fois dans le club, il fut interdit d’entrer. Après quelques échanges, on lui fit comprendre que ce n’était pas parce qu’il était noir mais parce qu’il avait une casquette avec "AFRICAN" gravé dessus. On lui suggéra de laisser la casquette voire de rentrer chez lui se changer afin de pouvoir rentrer dans le club. Dans d'autres clubs, de jeunes chinois veulent à tout prix faire des photos avec la casquette incriminée.

Le jeune homme en Italie, c’est mon père. Le jeune africain à Shanghai, c’est moi. Et le samedi soir en question c'était hier soir. Quelque part je me dis que c’est une punition parce que je discutais avec mon père et j’ai mis fin à la discussion parce que je voulais aller faire la fête. Mais passons.

Il faut dire que ce genre d’actes discriminatoires m’avait manqué. J’en ai l’expérience en France. Ce que certains appellent le racisme ordinaire. Les phrases toutes faites comme "tu es plutôt cultivé pour un noir". Mon petit frère répond à ce genre de phrase par "tu es plutôt idiot pour un blanc".

Mais passons encore une fois.

Avec le temps je me suis forgé une carapace. Avec l’expérience je ris de ces actes de discriminations. Je ris parce que je pense à cette amie qui m’a dit qu’elle aimait pas telle ethnie de son pays alors que une fois sortie dudit pays, on nous catégorise tous comme citoyen du pays et une fois hors du continent, nous sommes tous des africains que nous soyons du nord du Bénin ou du sud du Cameroun. Je ris quand je pense à ces commentaires sur Internet qui feraient passer Hitler pour un bisounours et que dans le même temps certains jeunes issus des minorités en France s’amusent à faire des comparaisons du type "chez les blancs"/"chez les noirs"/"chez les arabes" tout en jurant la main sur le coeur ne pas participer à une forme de discrimination. Je ris des stéréotypes qui font penser à beaucoup que les chinois ne mangent que du riz, que les asiatiques en général sont tous doués en informatique, que les noirs sont tous dotés d’exceptionnels organes sexuels, que les prêtres sont tous pédophiles ou que l’Islam est la religion la plus intolérante.

Au final, je ne suis pas rentré me changer. Je ne cède pas face aux cons. J’ai gardé ma casquette et je suis allé dans un bar où j’ai pu rencontrer des jeunes comme moi, où je me suis amusé. Parce que je suis africain et que je n’y peux rien. C’est une part intégrante de ma personne, de mon être. Mais au-delà de mon origine, je suis avant tout un être humain. Et parce que je suis pleinement humain, j’estime que mon devoir de mémoire va non seulement aux victimes de l’esclavage et de la colonisation en Afrique, mais aussi aux victimes de la Shoah, aux musulmans tués en Birmanie qu’aux chrétiens massacrés en Syrie. Mon engagement n’est pas seulement pour une lutte contre le racisme anti-noir. Mais contre toute forme de discrimination : religieuse, politique, sociale, sur l’orientation sexuelle, sur l’âge, le genre, etc. Toutes les formes de discriminations sont à combattre.
Pourquoi? Parce que je suis humain, juste humain.

“Give to every human being every right that you claim for yourself.” — (Robert G INGERSOLL)

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