Et maintenant, on fait quoi?

De temps en temps, au détour d’une conversation avec l’un des locataires de mon esprit torturé, il m’arrive de piquer de grosses colères. C’est peut-être le symptôme d’une maladie rare mais passons. Ces colères surviennent quand je pense à mon pays, à mes concitoyens. Je m’explique.

Un ami, jeune homme brillant qui fera une belle carrière dans les institutions internationales, dit souvent le problème de l’Afrique, donc du Bénin, c’est les Gouvernements. Par-là, il entend les hommes politiques de différentes obédiences. Je suis en profond désaccord avec lui. Il ne s’agit pas de justifier l’incompétence notoire de certains hommes politiques mais il convient de faire certaines remarques. La première, c’est qu’au Bénin, les partis politiques sont des caisses de résonnance, des tremplins vers l’accomplissement individuel. Il n’y a pas de débats d’idées mais de personnes. Je cherche toujours la ligne idéologique - gauche, centre ou droite voire les extrêmes – de nos formations politiques. Mon cher Président, avec tout le respect dû à sa fonction est-il démocrate, social-démocrate, libéral, conservateur ? Idem pour les autres hommes politiques. Je pense qu’il faudrait commencer à se poser ce genre de questions au lieu de faire primer l’appartenance ethnique, religieuse et/ou autres. Ensuite, la principale préoccupation d’un homme politique à mon humble avis c’est la réduction de la misère sociale. Cette misère peut être financière, intellectuelle, alimentaire, culturelle. Elle est dans ma définition multiforme. Il s’agirait de limiter au maximum les inégalités. Un vœu pieu concernant les dirigeants de mon pays. Donc oui, on pourrait considérer le Gouvernement comme entrave au développement. Le souci, c’est que nous avons besoin des hommes politiques pour animer la vie publique. Nous avons besoin d’un Etat fort pour fixer les normes et établir les lois. Nous avons besoin d’un Etat capable d’assurer ses fonctions régaliennes pour le bien de ses citoyens. Comme Barack OBAMA l’a dit, l’Afrique a besoin d’Institutions fortes. Maintenant plus que jamais. Et pour avoir des institutions fortes, il nous faut des personnalités fortes capables d’assurer leurs responsabilités avec sacrifice et abnégation. Des hommes et des femmes capables de donner une orientation, d’apporter une vision pour le pays. Et pour avoir ce genre de dirigeants, nous devons savoir les choisir, choisir avec prudence et avec soin. Parce que le destin du pays en dépend. Me concernant, les hommes politiques ne sont pas le problème. Ils sont une partie de l’équation. Ce serait injuste intellectuellement de faire d’eux les coupables de toutes nos peines. Ils sont à la fois une partie du problème et un sous ensemble de la solution.

Au-delà des hommes politiques, la vie d’un pays est animée par sa classe économique. Et parlant de classes économiques, on peut extrapoler sur la corruption presque institutionnalisée sous nos latitudes. Bob COLLYMORE, directeur général de SAFRICOM a dit lors de l'Africa CEO forum à Genève : « C’est dans le secteur privé que la richesse est générée, c’est donc là que nait la corruption. Si les chefs d’entreprise africains continuent de fuir leurs responsabilités dans ce domaine, le continent ne sera jamais à même de réaliser son plein potentiel. ». Ce monsieur a utilisé un terme ultra important pour moi : RESPONSABILITE. La corruption nait de l’irresponsabilité de certains. J’aime à penser que la première personne à être corrompu l’a été parce qu’elle a reçu une proposition. La corruption massive crée des inégalités, inégalités qui débouchent sur des crises, des révolutions citoyennes (poke l’Egypte, la Tunisie, l’Ukraine, la Syrie, etc). Là encore, il ne s’agit pas de prétendre éradiquer la corruption mais plutôt de privilégier l’intérêt de la nation aux intérêts personnels. Et ça, c’est aussi avoir le sens des responsabilités.
Au-delà de cet aspect, je tiens à taper un grand coup sur ces acteurs économiques : EST-CE QUE VOUS ALLER COMMENCER A EMBAUCHER LES JEUNES? Vous vous plaignez du manque de travailleurs qualifiés. Si tel est le cas, mettez en place des programmes de formations conjointement avec des instituts de formations, prenez des initiatives. Parce ce que si vous ne le savez pas, plus le taux de chômage est élevé, moins vous vendrez de biens et/ou services que votre activité soit d’entreprise à entreprise ou d’entreprise à particulier. Et si vous ne le savez pas, c’est que le mal est plus profond que je le pense.

Une des composantes d’une société est sa société civile, ses citoyens. A l’intérieur, on y retrouve les jeunes, les moins jeunes, les plus jeunes. Et ma génération, la jeunesse béninoise me fait péter une durite. J’en ai ma dose de nous. Comment dire ? Nous nous sommes auto-sacrifiés sur l’autel du gain facile et immédiat. Le sacrifice ? Nous ne connaissons pas. Et les querelles personnelles sont nos occupations favorites. X a une idée ? Fusse-t-elle l’idée qui rendra heureux tous les béninois, elle est mauvaise parce qu’elle vient de X. Lors d’une discussion avec une amie, je lui expliquais que la différence entre elle et moi, c’est principalement une différence de mode de pensée, de manière dont nous gérons les composantes sociales, culturelles, économiques, etc. Le béninois, le jeune béninois veut le paradis sans mourir. Pour caricaturer, on donne une femme au béninois, il demandera le préservatif, la natte, la case, et la parcelle. Prenons l'exemple du chômage qui constitue un fléau au Bénin. Je continue de penser que le chômage de la grande majorité d’entre nous est voulu. Si nous sommes un certain nombre à recevoir un diplôme à la fin d’une formation F, les premiers à avoir un emploi, seront ceux ayant un réseau. Ensuite, ceux ayant les meilleurs résultats, ayant fait des formations complémentaires ou des activités extra-scolaires permettant de développer des compétences particulières. Pour construire un réseau, si on n’en a pas, il faut se rapprocher des gens qui ont des réseaux. Et cela veut dire entretenir des rapports courtois avec les enseignants, aller à la rencontre des dirigeants (au Bénin, on les retrouve principalement dans le Lion’s Club et le Rotary Club). Le réseau n’apparait pas d’un claquement de doigt. Il faut le construire. Au-delà, peu d'entre nous ont des activités extra-scolaires (associations, ONG, partis politiques, etc). Comment alors mettre en pratique et développer les compétences acquises durant les cours ? #SMH. Quant aux formations complémentaires, ou plus généralement la culture générale, avec la quantité énorme (sans parler des MOOC) de savoirs circulant sur Internet, nous préférons allouer nos temps à Facebook, Whatsapp, Twitter, etc. Bravo les gens. (Pour ceux que ça intéresse, mon école offre un MOOC gratuit et qualifiant en ligne. C’est par ici.). Il est important de savoir nous adapter à notre environnement, de le comprendre pour y amener le changement que nous voulons de l'intérieur. C'est de cette manière je gère les composantes sociétales pour éviter qu'elles ne deviennent des pressions sociétales.
L’individualisme a pris le pas sur le bien commun. Chacun veut garder son bol d’atassi pour lui. Mais en travaillant en commun, pour le bien de tous, la part totale d’atassi augmente et chacun en a plus. Le tout est toujours supérieur à la somme des parties. Toujours. Il ne s’agit pas de sauver le monde mais de veiller les uns sur les autres. J’espère que le symbolisme de la jarre trouée nous parle toujours.
J’ai parlé d’une amie plus haut. C’est une des personnes les plus brillantes que je connaisse. Mais comme beaucoup d’entre nous, elle croit fermement qu’elle vaut peu. Nous sommes nombreux à avoir tendance à nous dévaluer. Le problème avec les personnes qui se dévaluent, c’est qu’à la longue, elles n’ont plus personnes autour d’elles. Imaginez que vous croyez en une personne, que vous ayez foi en son potentiel? Mais si au final, cette personne, inconsciente de ses capacités, se réfugie derrière la piètre opinion qu'elle a d'elle-même pour condamner tour à tour sa faiblesse, le système, la société, les dieux et j’en passe, vous rechercherez un environnement plus sain pour votre équilibre mental. Si nous voulons du changement, nous devons aller le chercher avec nos armes, avec nos faiblesses. Nous devons y aller avec la foi en nos qualités, avec une haute opinion de nous-mêmes.

Je suis béninois de la pointe de mes cheveux jusqu’à la plante de mes pieds, de mon épiderme jusqu’aux atomes me composant. Je suis un écureuil parce qu’un écureuil est vif, agile, malicieux et prévoyant.

Je suis convaincu que si chaque citoyen jouait pleinement le rôle qui était le sien, nous n’en serions pas là. Le développement de notre pays est l’affaire de tous, son sous-développement croissant est de la faute de chacun.

Nous connaissons tous les maux dont souffre notre patrie. Et maintenant, nous faisons quoi ? Je suis ouvert à la discussion, je la recherche. Que ce soit dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux.

“J'ai 229 raisons et plus de réussir.” — (S. MG)

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