Et maintenant, on fait quoi? (suite mais probablement pas fin) Rentrer et agir

Il y a un peu plus d'1 mois, j'ai publié cet article ou je posais la question de savoir quelle serait la dynamique à enclencher pour développer notre pays, étant acquis que nous connaissons les maux dont nous souffrons. Il y a eu beaucoup de discussions autour de ce billet. Mais ce que je retiens, c'est qu'il y a une grande partie de jeunes prêts à en découdre avec ces maux. Le plus remarquable pour moi, ce n'est pas tant nos oppositions idéologiques mais que nous soyons d'accord sur le principe que l'intérêt supérieur de la nation prime au delà de tout. Parce que dans le cas contraire, quel genre de Bénin voulons-nous laisser en héritage?

Je me permets de partager avec vous ce mail que j'ai reçu en réponse à mon article. Une preuve écrite de l'assertion que j'énonçais plus haut

Ave. J'ai lu avec attention ton article. Je le valide en très très grande partie. j'ai aussi lu une partie des discussions qui ont suivies sur ton mur. Je vais répondre point par point en suivant le texte.

Absence d'idéologie politique des hommes. Je valide en partie. Je me souviens que j'avais remarqué ça lors de la confrontation Royal-Sarko en observant qu'on ne savait pas qui était de gauche ou de droite. En fait, je me trompais. Je l'ai compris il y a 3 ans. L'idéologie n'est pas absente; c'est que tout le monde est socialiste, c'est simple ! Tous pensent que c'est à l'État d'apporter le bonheur à ses citoyens en s'occupant d'eux comme des enfants abrutis. C'est juste à peu près sur les moyens qu'il y a discussion entre personnalités (j'admets ce point). Ils sont tous plus ou moins de la même obédiance mais puisqu'il faut bien se distinguer, ils se disputent sur des modes d'action mais ne sortent pas de l'idéologie véritable. Ce n'est pas absence mais unicité d'idéologie (la mauvaise en plus, à mon avis) qui assassine la richesse politique de notre pays.

Les problèmes redeviennent alors les personnes. Pourquoi ? Parce que dans cette unicité idéologique, personne ne sort du lot, par exemple en se disant conservateur, écologiste (pourquoi pas...) ou libéral (il a mon vote celui-là). On trouverait, si c'était le cas, des individus disruptifs qui changeraient la donne politique avec de la vision neuve et pas juste du sang neuf (car le sang, ça ne donne rien en soi s'il est dilué dans de l'alcool). Et pour moi, c'est la création d'un système politique aux institutions fortes et surtout stables qu'il faudrait, un système qui supprime donc le vote (vecteur d'instabilité) tout en encourageant la liberté individuelle, à la fois du point de vue de l'économie et des mœurs. Une monarchie libérale donc. Voilà ce que je pense le meilleur système possible.

Il serait d'autant meilleur qu'il me permettrait de m'accorder avec toi sur l'importance de la responsabilité individuelle qui, pour l'instant, ne me semble malheureusement pas prise en considération mais surtout pas encore implantée dans les esprits. C'est simple; l'idée même de responsabilité doit être intégrée et quoique je sois extrêmement mesuré sur l'idée que toute personne échouant soit responsable de son sort, j'ai l'intime conviction que c'est une croyance qui a pour effet nécessaire de motiver les individus et que cette motivation vient surtout avec la réduction de la puissance du politique et malheureusement aussi du religieux.

Autant, j'ai du respect pour toutes les croyances, autant, je crains que la démesure de l'espoir que les individus chez nous placent en Dieu est source d'une grande partie de nos maux et de notre absence de volonté. "Dieu fera", ne dit-on pas? Mais de ce côté, je n'ai pas d'idée sur la façon d'agir. Je pense que la mort de dieu incarné pourrait aider. :-D

Tu prends le cas de la dévalorisation individuelle de ton amie mais il y a une chose à laquelle je crois et qui te sonnera presque contradictoire avec ce qui est dit plus haut. Je pense que nous avons un esprit entrepreneurial extrêmement puissant au Bénin. Je ne vois pas le Zem comme un gars qui galère mais comme un individu qui refuse la fatalité et décide de changer son destin même s'il ne s'agit que de prendre et conduire une moto. Je respecte les bonnes dames parce que je vois en elles la symbolique même de la personne qui, avec ses petits moyens, se lance dans une aventure en pensant satisfaire un besoin tout en se faisant survivre. Il n'y a que deux différences entre elles et Mr Jobs: l'idée et les institutions. Les institutions sont politiques comme dit plus haut, les idées résultent de l'éducation et du talent.

C'est donc d'éducation dont il est question maintenant. Car tu admettras bien que c'est un problème chez nous. Et je te dirai que ce n'est même pas un problème de connaissances (nous les avons) ni de moyens (on fait avec ce qu'on a) mais surtout de valeurs, de valeurs qui enseignent la liberté de penser et de créer. Tu admettras avec moi, je pense, que si l'on ne sort pas du prisme moral que nous lègue notre éducation de façon globale (nos parents étant assez particuliers, quoique), les aînés ont toujours raison et il faut respecter les traditions/habitudes. Or ce genre de valeurs, quoique très respectables d'un point de vue moral et relationnel, sont très simplement un moyen de brider pour jamais toute forme de créativité économique.

Que faire alors ? Et bien j'admets que c'est au privé de sauver ce qu'il faut sauver. Tu parles des acteurs économiques et de l'idée de créer des écoles (j'entends de commerce ou autres dans le supérieur), par exemple. Je valide à 100 pour cent. Seul souci: il faudrait un prix bas pour que la population y ait accès. Ce seraient donc plus des écoles destinées à faire œuvre de charité qu'à être profitables. Et là, je bloque car, il semblerait qu'à part quelques rares, nos acteurs économiques n'aient pas cette vision. Ils ne croient pas das l'importance de leur action sur le long terme.

J'arrive donc à mon fin mot: si on admet tout ce qui est dit plus haut, il ne reste qu'une seule chose à faire: rentrer et agir dans le sens des idées que l'on croit avoir perçues comme les bonnes et mieux se convaincre chacun que ce sont les bonnes et convaincre le plus possible nos amis expats de rentrer agir. Je ne sais pas dans quelle mesure la diaspora est meilleure actrice du développement que ceux qui rentreraient; en vrai, je ne le crois pas mais je suis ouvert à une démonstration qui irait contre mon sens.

Conclusion: rentre au Bled, invite le plus de gens à rentrer et là on fait des trucs !

J'avais d'autres choses à ajouter mais ce mail est déjà très long.

Il est 3h du mat' chez toi, tu liras ça dans 4 heures peut-être et moi, je serais au dodo.

Ave.

“L'impossible ne requiert que de la Foi et des efforts.” — (Aaron AKINOCHO)

comments powered by Disqus