Des élections au Bénin : du programme de Maître Marie-Elise GBEDO


Dans environ un mois, se tiendront les élections présidentielles au Bénin.

Le climat électoral et les enjeux nationaux étant plus forts que mon confort personnel, je réactive mon blog. L'idée est d'analyser les programmes, si disponibles, des différents candidats.

Après le préambule de cette série d'articles, et après l'étude du programme de Patrice TALON et une contre-analyse , je vais cette fois ci m'intéresser au programme de Maître Marie-Elise GBEDO disponible à cette adresse.

Mais avant, je vais faire un premier point. Je connais les limites de mon intervention. Du coup, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont interagit et participé aux échanges initiés.Je pensais mon impact plus minime.
Plus que la liberté d'expression, le respect de la différence d'opinions doit être le fondement de notre démocratie. Et notre liberté d'expression ne devrait pas se faire sur le terreau d'informations tronquées, manipulées et diffamatoires. Donc, merci encore.

Je tiens à préciser que je ne fais pas une analyse contradictoire mais relève certains points que je trouve incohérent, incomplet afin de susciter le débat.

Pour le reste, il existe d'excellentes initiatives comme le Programme de Gouvernance Concertée ou encore la plateforme vote229.org. Le changement, c'est nous.

Pour finir, je vais comme suggéré limiter (tout au moins essayer) la longueur de mes articles et être plus personnel dans mes écrits.


Marie-Elise GBEDO est l'une des candidates aux prochaines élections. Avocate, elle a été ministres sous divers présidents. Au delà de ce parcours, ce que je retiens d'elle c'est son combat pour les femmes.
La société béninoise est patriarcale voire misogyne. Comme dans d'autres pays africains, la femme est parfois renvoyée vers des rôles secondaires et tertiaires. Mme GBEDO a combattu et combat toujours cet état et a apporté un changement. Elle a été et est toujours la terreur des hommes qui battent leurs compagnes, par exemple.
Ayant une haine profonde des discriminations de toutes sortes et de toutes natures, j'ai un profond respect et une grande affection pour cette dame. Si je n'ai pas partagé certaines de ces décisions et points de vue, je salue son combat plein et entier. Elle a durablement changé le paysage et les mœurs juridiques au Bénin, concernant la place des femmes dans la société. Je trouve indigne et immorales, les attaques personnelles qui lui sont faites.
Tous les super-héros ne portent pas une cape; parfois, ils portent une robe d'avocat.

Ceci étant dit, qu'en est il de son programme ?

Le programme commence par un liminaire présentant quelques indicateurs socio-démographiques, contextes et enjeux du Bénin. La candidate poursuit en énonçant ses "urgences", les 5E : Energie, Emploi des jeunes, Education, Entreprise/Entrepreneuriat et Environnement (eau et assainissement). Elle termine par les autres défis et priorités.

Je m'attarderai sur les 5E ainsi que les autres défis et priorités

De l'énergie

Mme GBEDO s'engage à

  • renforcer la politique énergétique nationale, régionale et sous régionale afin d'atteindre l'indépendance énergétique
  • explorer d'autres énergies renouvelables
  • mettre en valeur les potentialités hydroélectriques du Bénin en construisant le barrage d'Adjarrala, ceci permettant participant également au développement industriel et à l'essor économique

Elle propose également un plan d'électrification des communes rurales via des infrastructures hybrides solaires-biomasses.

Sa formule gagnante :
+ D'énergie = + de productivité = réduction de la pauvreté

Et c'est tout pour l'électricité.
Je trouve que c'est insuffisant. Même si les idées sont intéressantes, j'aurai apprécié qu'elle aille plus loin et développe un peu plus. Pour une "urgence", une page c'est peu.

De l'emploi des jeunes

Maître Marie-Elise GBEDO part du postulat que le plein emploi viendra de l'amélioration des niveaux de production et de transformation, et de réformes structurelles et économiques.

Amélioration des niveaux de production et de transformation

Cette amélioration passera par un plan quinquennal avec des objectifs assignés à chaque année.
Ainsi,

  • 2017 sera l'année de mobilisation nationale pour la production avec pour objectif de faire plus de 50% de production que la moyenne annuelle dans certains secteurs
  • 2018 sera l'année de mobilisation nationale pour la transformation et le développement industriel avec le double objectif de lancer des industries locales (à capitaux majoritairement privés) de transformation agro-alimentaire
  • 2019 sera l'année de mobilisation nationale pour la compétitivité de nos unités de production
  • 2020 année de mobilisation nationale pour la recherche et l’innovation
  • 2016, étant une année transitoire pour initier le plan.

A quelques éléments prêts, la mise en oeuvre est la même. L'année précédente, l’Exécutif rencontrera des acteurs et ensemble ils définiront des objectifs et les besoins (financiers, matériels, etc) pour atteindre les dits objectifs. Ces objectifs seront traduits dans le budget et des lois pour en faciliter l’atteinte devraient être votées. On met en marche les projets, et à la fin, de l'année N, les résultats obtenus sont rendus publics.

La candidate insiste également sur la démocratisation et l'accessibilité de l'information sur la performance des entreprises.

Je partage sa vision. Ma lecture est qu'elle ne prétend pas apporter LA solution mais de la méthode, de l'organisation, une structuration pour atteindre l'objectif primaire qui est le plein emploi de tous. Cette forme de prudence est préférable aux promesses impétueuses.

Des réformes structurelles et économiques

  • Professionnaliser les métiers de l’exploitation agricole
  • Professionnaliser les métiers de l’industrie de divertissement
  • Faire le toilettage des lois en matière d’économie

Bien que le secteur agricole représente plus du tiers du PIB, il bénéficie de seulement 6,3% des dépenses budgétaires et 17,1% des investissements publics.

Après avoir posé ce constat, la candidate propose de " diversifier les filières agricoles au lieu de s’accrocher au coton qui tend à ne plus faire la fierté du Bénin". En se basant sur le Programme National d’Investissement Agricole déjà existant, il faut mener des actions en direction "des filières maïs, riz, cultures maraîchères, volailles, aquaculture et ananas", ce faisant renforcer la sécurité alimentaire et diminuer la charge onéreuse des importations alimentaires.
A l'instar de Patrice TALON, Marie-Elise GBEDO propose aussi une spécialisation régionale de l’agriculture.

Les sources de financement sont : le budget national (20%) et les fonds des béninois de la Diaspora.
Pour ce qui est de la formation, en échange d'une réduction fiscale, les entreprises via le Conseil National du Patronat et la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin devront assurer la formation professionnelle.

Je ne vois pas le caractère "structurel" et/ou "économique" des ces réformes. Je ne nie pas l'intérêt des mesures annoncées mais j'aurai aimé par exemple que la candidate développe plus le toilettage juridique qu'elle veut apporter, d'autant plus qu'elle est avocate.

De l'entreprise ou de l'entrepreneuriat

Les chefs d’entreprise, les opérateurs économiques sont les seuls vecteurs de création de richesse pour notre pays par les impôts et les taxes payés. Les entreprises sont les seuls moteurs de croissance et d’exportation, les seuls acteurs à créer de l’emploi marchand et surtout l’emploi pour la jeunesse en désarroi.

Si je suis d'accord avec la dernière partie de la dernière phrase, je ne partage pas le point de vue de Mme GBEDO pour le reste. Le rôle des entreprises est, certes, important mais la richesse d'un pays ne doit pas se limiter aux impôts et taxes payés. Il y a la richesse juridique, la richesse sociale, la richesse culturelle.

Pour le reste, la candidate à l'instar de son concurrent Patrice TALON veut passer d'une administration d'autorisation à une administration de déclaration et d'accompagnement, surtout à l'égard des entrepreneurs. Elle compte passer également par des exonérations ou des réductions d’impôts.

Sur la base de statistiques officielles, la candidate pointe le fait que la croissance en terme de créations d'entreprise n'a pas entraîné une décroissance du chômage des jeunes. Par ailleurs, 70% des entreprises créées entre 2009 et 2013 sont en cessation d'activités : 67,9% pour cause de manque financement, 3,6% pour des raisons fiscales et 1,2% pour des raisons administratives.

Après avoir fait ce constat, la candidate n'apporte pas de réponses particulières. Elle se contente juste de pointer ce fait.
J'aurai aimé un contenu plus explicatif.

Son point suivant est l'organisation du secteur informel. L'informel est un élément "stabilisateur" du chômage. Et contrairement à une certaine opinion, les acteurs informels sont soumis à une fiscalité locale et nationale (patente, droit de place, et impôts sur les bénéfices industriels et commerciaux).
Marie-Elise GBEDO veut donc mettre en place des mesures afin de formaliser l'informel. Elle veut renforcer l'existant, simplifier le cadre réglementaire et fiscal, faciliter l'accès au crédit et à l'information, etc.

Cette partie relative à l'entrepreneuriat et l'entreprise fournit des informations intéressantes. Si la plupart des mesures proposées ont mon adhésion, il y a un manque de structure et de cohérence dans le programme. j'ai l'impression qu'il n'y pas de liens, que c'est la version 1, voire le brouillon qui a été mis en ligne. Alors que fondamentalement, c'est intéressant.

De l'éducation

Même si des progrès ont été réalisés, il y a encore de nombreux défis à relever, du fait de la pression démographique.
La candidate veut donc perfectionner la mise en oeuvre des programmes notamment par l'accès aux livres. Elle veut aussi une gestion claire des flux d'élèves pour faire face au défi démographique et une amélioration de l’orientation après le baccalauréat.

Le point important de cette urgence est la formation technique et professionnelle. Au regard de la prédominance de l'agriculture et du commerce dans le PIB, de leurs faiblesses industrielles et productives, et sachant que ces secteurs sont dominés par des analphabètes, il est plus que vital de formaliser et renforcer la formation technique et professionnelle, "en arrimage avec les besoins de notre marché du travail".

Excepté le recrutement d'enseignants spécialisés, la candidate ne développe pas plus ce qu'elle compte mettre en oeuvre.

De l'environnement et de l'assainissement

Après avoir rappelé la situation environnementale nationale ainsi que les enjeux s'y référant, Maître GBEDO a 2 priorités pour son urgence : les changements climatiques et les catastrophes naturelles d'une part, l'eau, l'hygiène et l'assainissement d'autre part.

De manière générale, la candidate ambitionne d'auditer l'existant (infrastructures, organismes,etc) pour l’améliorer, faire appliquer les réglementations existantes, mettre en place des politiques efficaces et efficientes de gestion des ressources environnementales et travailler de concert avec des experts.

La candidate compte sur les partenaires techniques et financiers, ne serait ce que pour l'accompagner sur "l'eau, l'hygiène et l'assainissement".

A l'instar de Patrice TALON, la candidate accorde une partie importante à l’environnement. Et je ne peux qu'applaudir. La mise en oeuvre proposée me semble également pertinente. Il ne sert à rien de vouloir réinventer l'eau chaude, de se lancer dans des promesses démesurées ou de ne pas travailler avec des experts.

Des autres défis et priorités

La candidate veut "en temps opportun" réviser la Constitution afin de renforcer le pouvoir judiciaire. Elle veut à l'instar de M. TALON que les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature soient désignés par leurs pairs.

Sur le sujet de la corruption, elle fait un très beau discours plein d'émotions et de sincérité. Maître GBEDO veut l'application strictes des mesures existantes, notamment de la loi n°2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes. "Il est temps de cesser de lutter contre la corruption et d'appliquer les textes dont nous
disposons
"

La candidate veut également modifier la Constitution pour facilité "l’égalité d’accès et l’égalité de traitement entre le genre masculin et le genre féminin et de la participation effective des femmes dans les instances de prise de décisions."

Elle s'engage aussi à développer une politique de lutte contre les discriminations liées aux handicaps, à promouvoir l'industrie culturelle et à parfaire l’institutionnalisation des rapports avec les béninois de la Diaspora.


Je préfère le programme de Maître Marie-Elise GBEDO, pour ce qui est du fond. A la différence de celui de Patrice TALON, il est plein de détails qui donnent un diagnostic précis, quantifié et qualifié de la situation. La candidate ne prétend également pas inventer l'eau chaude. Elle veut s'appuyer sur l’existant, discuter avec les acteurs, élaborer les projets avec les experts.

Au delà de ce fond, la forme est indigne d'un candidat à la présidentielle. Le document que j'ai lu me donne l'impression d’être peut structuré. On ne sent pas l'articulation entre les différents sujets évoqués : un peu l'impression de passer du coq, non pas à l'âne, mais au canard. C'est désagréable à lire. Par ailleurs, graphiquement, c'est une horreur.

Mais préférer ce programme ne veut pas dire que c'est le programme idéal. Si par moment, la candidate explique comment elle va financer certaines mesures, elle est dans le flou la plupart du temps. Et c'est très gênant.

La candidate veut servir le peuple. Mais après avoir corrigé sa copie.

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