De la hauteur, de l'excellence

L'élection de Flora Coquerel au titre de Miss France 2014 a fait resurgir un vent de commentaires racistes sur les réseaux sociaux. A l'image des attaques régulières que subissent Christiane Taubira, Rama Yade et autres. Ces attaques sont légions contre des personnages publics issus des minorités. Et les réactions sont nombreuses. Certains créent des pétitions, d'autres engagent des actions judiciaires, une catégorie en fait des films, un groupe transcrit dans des livres ses expériences. Tous ces procédés ont leurs raisons d'être, tous ont plus ou moins d'impacts. Et parfois permettent de véritables changements. Pour ma part j'ai choisi une méthode, une voie différente même si je soutiens certains des moyens sus-cités.
Avant d'exposer ma méthode, je tiens à rappeler que le racisme est une forme de discrimination. A l'instar des discriminations religieuses, sociales, politiques, sexuelles, professionnelles et toutes autres formes que les méandres de l'esprit humain peuvent imaginer. Donc dans ma petite tête, un raciste équivaut à un homophobe et est de la même race qu'un islamophobe. Le socle est le même : de la discrimination sur la base de critères fallacieux, de craintes et de méconnaissances.
J'ai entendu dire que ce n'était pas la même chose. Donc pour certains, il est de bon augure de codifier, de classifier les discriminations? Mais on va où? Vous êtes sérieux? C'est quoi le projet? Il n'y a pas de discriminations normales, différentes. Il y a juste de la discrimination.
J'aime aussi rappeler aux africains que nous avons des discriminations dans nos pays, des préjugés particulièrement tenaces. D'origine béninoise, il y a une forte communauté libanaise chez moi. Certains des membres sont installés depuis plusieurs générations. Du coup certains sont béninois, le droit du sol existant. Je me demande comment mes compatriotes percevraient le fait si un jour un citoyen béninois d'origine libanaise se présente aux élections présidentielles, devient député, est nommé ministre, dirigeant d'une grosse structure publique. Un Barack Obama à l'africaine, ce n'est pas pour demain. Je me rappelle souvent les petits commentaires plein de préjugés sur les togolais, spécialement les togolaises, sur les ibos du Nigéria voisin, sur les shoesmaker ghanéens, etc. J'ai en souvenir les petites discussions pleines de jugements sur telle ou telle ethnie du pays. Au delà du Bénin, je me rappelle du président gabonais expliquant aux médias internationaux que lorsqu'il a voulu embaucher des cadres non nationaux pour son programme de développement, un tollé est monté dans sa société civile. Si le Gabon pratique la préférence nationale, pourquoi pas la France?
Du coup, j'ai un certain recul sur le racisme que je condamne implacablement à l'instar de toutes autres formes de discrimination. Je lutte à ma façon. Je lutte en prenant de la hauteur et en visant l'excellence. Ce sont les armes que je me suis choisi, c'est de cette manière que je mène mon combat contre les discriminations.
En prenant de la hauteur, je me place au dessus de ceux que j'appelle les "discriminants". Je ne prête pas flanc à leurs attaques. L'excellence dans ce que je fais (ce qui ne signifie pas être le major à chaque fois) pour leur clouer le bec. Parce que si j'excelle, ils n'ont plus d'arguments. Ils diront juste "mais il est noir". Ce à quoi on répondra "et puis?".
Parce qu'être un discriminant, c'est faire preuve de paresse intellectuelle. C'est ne pas faire l'effort de comprendre qu'il y a des gens différents mais qu'ils n'en demeurent pas moins humains et précieux. Au final, je pratique aussi la discrimination et sauvagement en plus. Mais seulement envers ceux qui discriminent :p .

" Je suis de la couleur de ceux qu'on persécute " - (Alphonse de Lamartine)

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