Au-Dessus Des Flots : Saison 1 Episode 14 - Shangrao

Une fois, un ami m’a demandé : Gaël-Germain, quelle est ta cause ? Pourquoi te battrais-tu ? Qu’est ce qui t’importe le plus ? Je n’ai pas réfléchis longtemps avant de dire l’éducation. L’éducation est le socle du développement. Je pourrai écrire une série d’ouvrage sur ce thème mais ce n’est pas le but de ce billet.

Ce weekend, j’étais à Shangrao. Situé au sud-ouest de Shanghai, c’est une petite (220 000 habitants - 22 791 km²) ville en plein boom grâce à l’agriculture et aux industries lourdes (métallurgie, énergie renouvelable, matériaux de constructions) qui constituent une large part de son PIB.

J’y étais pour voir Xiang, un ami chinois rencontré lors de mon cursus à la faculté de droit de Poitiers. Originaire de la région, il a lancé il y a 1 an une école enseignant le français et l’anglais. A Poitiers, j’avais aidé à rédiger le business plan et on avait commencé à mettre en place des outils de communications. Il me fallait donc profiter de mon séjour en Chine pour voir comment il s’en sortait et comment on peut améliorer le projet.

Avant d’aller plus loin, je rappelle les piliers sur lesquels doivent s’appuyer les projets entrepreneuriaux dans l’éducation :

  • La sortie : définir en amont les compétences que les apprenants ont acquises durant le processus de formation. On pourrait l’assimiler à la proposition de valeur, ce que l’école promet d’apporter aux apprenants.
  • L’entrée : définir les apprenants qu’on veut avoir. On n’enseigne pas de la même manière aux enfants du primaire qu’à des doctorants. Ce pilier est assimilable à la clientèle ciblée ainsi qu’à sa segmentation.
  • Les moyens : une fois la sortie et l’entrée définies, il faut définir les moyens à mettre en œuvre pour mener à bien le projet éducatif. Est-ce que ce sera des cours en présentiel ou en ligne ? Quelle est la taille maximum de chaque promotion ? Combien d’élèves par classes ? Où trouver les enseignants ?
  • Les dispositifs d’évaluations : il s’agit ici de définir comment évaluer les apprenants. Est-ce que ce sera une évaluation sommative ou formative ? Comment prendre la mesure de ce que les apprenants ont retenu, compris, comment améliorer le processus d’apprentissage ? les dispositifs d’évaluations concernent tout aussi les étudiants que les enseignants.
Si on ramène à l’école de Xiang, son objectif est d’enseigner l’anglais et le français aux enfants de 6 à 14 ans (l’entrée) afin que ces derniers puissent avoir des bases solides pour tenir une conversation (la sortie). Pour ce faire, il a noué des partenariats avec un centre de lecture pour enfants. Il y propose un espace où ils peuvent être initiés à l’anglais et au français. Ce qui pourrait intéresser les parents à souscrire aux cours de langues, par petits groupes, dans des salles qu’il a loué. Ses enseignants, il les a recrutés au sein des étudiants de langue de l’université de la région. Ce qui peut sembler bizarre mais j’ai rencontré des chinois ayant un excellent niveau en anglais mais qui ne sont jamais sortis de leurs villes. Il parcourt également les conférences sur l’éducation infantile, et achète beaucoup de livres de langues. Voilà pour les moyens. Concernant les dispositifs d’évaluations, c’est l’un des plus gros chantiers du projet. Une méthode fiable n’a pas encore été trouvée. Mais pour le peu de temps que j’ai pu passer avec les enfants, ils ont globalement un meilleur niveau que moi à leur âge. C’est assez impressionnant le travail que Xiang et son équipe accomplissent avec peu de moyens.

En Asie, souvent le premier poste dans les budgets familiaux est celui réservé à l’éducation. Les parents sont prêts à consentir à tous les sacrifices inimaginables pour garantir une éducation de qualité à leurs enfants. Comme ce couple de vendeurs de rues qui était tellement heureux que je leur dise que leur fils est meilleur que moi au même âge. Pour eux, faire apprendre les langues étrangères à leur garçon dès le bas âge stimulera son processus de réflexion et le rendra plus compétitif pour entrer dans les meilleures universités chinoises et plus tard pour trouver un boulot. Pour cette raison, son projet marchera et marchera encore mieux et plus dès qu’on aura amélioré certains détails afin de gommer l’aspect amateur qui s’en ressent parfois et de pouvoir aller chercher des financements.

Au final, je n’ai pas pu visiter la ville sauf un tour en VTT le samedi dans l’après-midi, ni pu profiter des sites touristiques de la région mais je n’ai aucuns regrets. Xiang m’a fait rencontrer d’autres jeunes entrepreneurs de la ville. Ils sont tous avides de conseils pour améliorer leurs projets et c’est clairement pour moi une opportunité d’appliquer ce que j’apprends, de me faire un réseau et pourquoi pas une source de revenue.

Ah oui, j’oubliais. Les samedis à Shangrao, c’est le jour des mariages. Et du jardinage. Et du sport en plein air. :)




Cocorico, je suis tombé sur une boulangerie avec des baguettes.

“Education is not the filling of a pail, but the lighting of a fire.” — (William Butler YEATS)

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