Au-Dessus Des Flots : Saison 1 Episode 11 – Road Trip, retour au Bercail (by Yasmine)

Ma colocatrice nous raconte son retour à Shanghai. J'ai "essayé" de ne pas rire.
La descente en toboggan de la Grande Muraille à Beijing, le mausolée de l'empereur Qin à Xi'an sont des merveilles culturelles mais il faut songer à rentrer au bercail. La première étape est l'achat du billet retour pour Shanghai.

Après avoir payer le prix fort pour mes précédents voyages, ma seule envie fut de minimiser au maximum ma dépense pour ce billet retour. Une fois n'est pas coutume, l'échange fut difficile avec l'agent se trouvant derrière le plexiglas. Tous les trajets que je souhaite réserver sont complets, je prends du temps à me décider et l'agacement dans la file d'attente se fait ressentir.

J'emploie la manière forte (selon moi) et lui montre 3 billets de 100 yuans en lui exigeant de me trouver un billet pour ce montant. "Ok" répondit-elle. "Vendredi à 17h14 il y a un billet à 180 yuans". "180 yuans". Ce montant raisonne dans ma tête comme une victoire, tête qui ne se soucie pas des conditions de voyage pour ce que je pensais être le saint graal!

Gaël, plus prévoyant a eu la présence d'esprit, de vérifier donc les conditions de transport. "Les filles en prenant ce trajet vous en aurez pour 17h du route sur des sièges DURS". 17h me dis-je ce n'est pas la mort, juste 1 aller retour vers la Martinique! Mon soucis d'économiser eu raison de moi. J'avais délibérément choisi d'oublier que je ne suis pas contre un minimum de confort. Que je ne parviens à dormir qu'allongée. 17h de train dans des conditions limites mais en économisant? Vendu! Enfin bon, Gael lui a opté pour un train de nuit offrant des couchettes. Allez Yaya! On y arrivera! J'ai passé 2 nuits à Amsterdam en voiture et ai dormi sur le plancher froid de mon appart sans meubles à Amiens. Être assise pendant 17h? Pfff!

Jour du départ, sacs sur le dos, nous sommes parées. Après notre longue quête du bus devant nous conduire à la gare, ma copine de galère Laura et moi sommes arrivés à la gare en 15mn. Demander son chemin est toujours aussi fructueux en Chine. D'une personne à l'autre les points cardinaux, les lieux, ne sont plus du tout à la même place. Peut être que la terre tourne différemment ici? Notre chemin enfin trouvé, trouver le quai d'embarquement est une autre paire de manche.

Arès nos longues hypothèses et appréhensions sur notre prochain périple, nous montons enfin les 1ères marchés du train qui nous permettra de rentrer à la maison. Il y du monde, vraiment beaucoup de monde. Des chinois et encore des chinois. Aucun étranger en vue dis-je à Laura. "Certainement parce que les étrangers privilégient le confort" répond t-elle.

En plus d'être nombreux, on aurait dit qu'ils voyageaient avec leurs maisons sur le dos. Des sacs et des cartons à n'en plus finir, à ne plus pouvoir ranger mon sac dans l'espace qui lui était dédié. A ma place s'est assis un jeune homme, avec à ses côtés une jeune fille qui je suppose doit être sa copine. J'ai lu sur son visage la déception qu'il éprouvait quand j'ai débarqué. Ils ne seront pas l'un à côté de l'autre durant ce trajet. Et je les comprends. Sans Laura à côté de moi je n'aurai pas survécu. Avec qui converser quand le chinois est la seule langue parlée et que les seuls mots que je puisse prononcer sont "salut" et "merci".

Assise à ma place j'observe ceux qui m'entourent et eux m'observent aussi en retour. Un échange de bons préocédés dirai-je : je te regarde, tu me regardes. Les pratiques ne changent pas peu importe où l'on se trouve en Chine. Ils sont toujours intrigués par le fait de voir des étrangers.

Après 2h de discussion avec Laura, une tête devant moi se retourne et dit "vous parlez français?" Je venais juste de dire que je trouvais les chinois impolis! Ils parlent tous très forts, ils conversent au téléphone en restant à leur place, un groupe d'hommes est rassemblé devant les WC depuis le début du trajet pour fumer, ils me poussent quand ils marchent dans le couloir, il y a aussi ces vendeurs de fruits et légumes, de plats de nouilles avec leurs allers et retours à répétition, le fait que pour eux le "doigt dans le nez" ne soit pas une expression mais un geste récurrent...

Ce jeune chinois qui a su reconnaître le français, c'est Ren. Lui et son ami Wu s'empressent de venir à nos côtés et nous demandent à jouer à un jeu de cartes semblable à la bataille. Nous acceptons leur invitation. Ils nous prennent en photo, nous questionnent sur la France et vice versa. Ces 2 jeunes étudiants ont eu le mérite d'attirer encore plus les regards sur nous. Faut croire que nous n'étions pas suffisamment remarquable jusque là. Ren semblait plus bavard et se débrouillait mieux en anglais que Wu. Nous échangeons des expressions en français et en chinois, le tout dans ce bruit ambiant des bavardages de chinois, avec ce doux parfum de cigarette qui nous collent au nez, aux cheveux et vêtements.

Je profite du moment ou Ren et Wu partent manger pour terminer Aleph de Paulo cohelo. Je pensais que lire dans le brouhaha relèverait de mission impossible mais je m'étais fortement fourvoyée.

Une femme, venue s'assoir devant moi, avait repéré mon billet de train dans une poche de sac à dos et me le réclama. Ce qui attira une fois de plus la curiosité des passagers. Qu'est ce qui les intriguait ? Mon numéro de passeport? Je ne sais pas. La femme qui ne parle pas anglais demande à un passager, qui a l'air de pouvoir faire des traductions, de me dire que je suis "beautiful" et qu'elle veut "make friend". Les chinois trouvent tous les étrangers beaux, avec de beaux yeux comme s'ils nourrissaient des complexes de leurs physiques.
J'ai accepté de lui laisser numéro de téléphone et adresse email mais comment converser avec elle? Qui vivra verra. La vie est pleine de surprises.

C'est l'heure du contrôle des tickets. Ren et Wu sont de retour. Dans l'idée initiale de me rassurer je demande à Ren de questionner l'agent de contrôle sur l'heure d'arrivée à Shanghai. "13:30" Mais si nous sommes partis à 17h et que le trajet dure 17h ne devrions nous pas être arrivé pour 11h? Défaut d'information de ma part, il y en aura en réalité pour 20h de train. Petit moment de déprime où je maudis tour à tour le fait de ne pas m'être renseigner correctement, la cure d'austérité que je m'étais imposé pour le billet retour et mon coloc qui m'a laissé partir sans essayer de me convaincre à défaut de voyager avec moi. Grosse désillusion. Ma déception fut plus grande, je pense, que celle du jeune homme qui pensait voyager auprès de sa belle.

Je me surprends à cet instant, à répérer les attitudes parfois perturbantes et gênantes des chinois. Je regarde ce groupe de vieux chinois jouer aux cartes, avec leurs haussements de voix ils me font étrangement penser aux vieux de Martinique et leur virulence dans leurs manièress de jouer aux dominos.

Mon attention s'est portée sur Wu. Je vous disais qu'il n'était pas très bavard mais j'ai remarqué que c'est une conséquence de la barrière de la langue. Ce jeune étudiant en informatique, pratiquant le kung-fu est plein de sujets de conversation. Il ne reste pas à sa place, s'assit à côté de différentes personnes et entame de longues discussions. Mais de quoi peut il bien parler? Je note chez lui un profond humanisme doublé d'un énorme respect d'autrui. Dans sa façon de s'excuser en caressant la tête de ce petit garçon qu'il a accidentellement bousculé, dans sa façon d'aider ce vieillard qui souhaite récupérer son sac, dans sa façon d'aider cette fille qui cherche sa place.
Quoi que je voudrais bien comprendre de quoi il parle, avec chacune de ces personnes avec qui il échange. Ceci me hantera à vie je crois.

La place à côté de moi se libère, je saisis cette opportunité pour m'allonger sur les 2 sièges.

13:45, arrivée en gare de Shanghai. Gaël y est depuis 7h.

“Travel, in the younger sort, is a part of education; in the elder, a part of experience.” — (sir Francis BACON)

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