Afrique : le développement par l'économie de transformation

Prenons une maison, une grande maison. Les propriétaires de cette maison ont beaucoup d’enfants. Le jardin de cette maison est très fertile. On peut donc y faire pousser toutes sortes de plants. Et vu qu’il l’espace disponible, il est possible d’élever des animaux. Les propriétaires de cette maison produisent donc et exploitent des animaux. Mais, ils ne consomment quasiment que des plats à réchauffer qu’ils achètent à leurs voisins, ou ne vont qu’au restaurant. Par contre, ils vendent aux dits-voisins leurs productions. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas de cuisines et ne peuvent transformer leurs productions. Donc, ils produisent et vendent la matière première puis rachètent les produits finis. Dans le même temps, ils n’arrivent pas à manger à leurs faims.

Aberrant n’est-ce pas ? Malheureusement, cette analogie simplifiée est le reflet de ce qui se passe en Afrique, continent riche avec d’énormes capacités de productions mais toujours pauvre.

Pour se développer, il faut transformer. Et pour être capable de transformer, il faut éduquer et investir (ou permettre/faciliter les investissements).

Pour expliciter mon propos, je vais me baser sur les données de pays représentant une certaine diversité en superficie et ressources. Il s’agit du Bénin, du Nigéria, de la Côte d’Ivoire, du Rwanda, de l’Ile Maurice. On comparera à la Chine, la Corée du Sud, la Turquie, le Brésil, les USA et l'Inde.

Premier élément de comparaison : la croissance des PIB

Remarques : si on compare avec l’Occident qui n’est pas encore sorti de la crise, alors oui, on peut dire que l’Afrique croit. De plus la comparaison avec quelques pays émergents permet de constater qu'on tient la route. Cependant, pourquoi la richesse créée n'est pas la même. Pourquoi le développement n'est pas aussi visible? Quelle que soit les possibilités, une des hypothèses de réponses est qu'il faut "mieux" croitre.

Deuxième élément de comparaison : la valeur ajoutée de l'industrie, de l'agiculture* et des services dans le PIB

(*Agriculture comprenant les cultures, l'élevage, la pêche, la chasse et la foresterie)

Remarques : En observant les répartitions des PIB des pays émergents, on note que la création de valeur ajoutée passe par, dans l’ordre suivant, et depuis 2004 les services, les industries et la production agricole. Excepté l’Ile Maurice, très peu de pays africains sont dans ce schéma.

Il serait donc intéressant d’emprunter le même chemin. Hors le développement des services nécessite un accès permanent à Internet et de l’électricité continue. Conditions qui ne sont pas encore réunies. Donc les services ne sont pas une option viable dans l’immédiat.

Ceci dit, en tenant compte de la théorie des avantages comparatifs de Ricardo, sachant que l'Afrique abrite environ 60% des terres non cultivées du monde, au regard des réserves de minerais sur le continent et sachant que le cout de la main d’œuvre est moins élevée en Afrique et étant donné qu’aucun modèle de développement n’est absolu, on peut donc mettre l’accent sur la production agricole, la transformation et la production de biens de consommations.

Il y a, cependant, 2 objections qu’on pourrait faire à cette théorie. La première est que l’électricité est également nécessaire pour produire. Certes, mais le problème est que pour exceller dans les services à notre ère, il faut disposer de solides compétences de bases. Hors le taux d’alphabétisation en Afrique est un l’un des plus faibles du monde. Difficile dans ces conditions de créer des pays orientés services. Par contre, la main d’œuvre ouvrière ne nécessite pas énormément de formations. Et le besoin est immédiat, voire urgent.

La seconde objection est que c’est ce qu’on fait actuellement en Afrique. On produit et on transforme. Sauf qu’on ne transforme pas assez et qu’on ne produit pas les cultures adéquates. Les fers de lances agricoles en Afrique sont le coton, l’arachide, etc., des cultures de rente. Ces cultures obéissent à des règles et occasionnent la dépendance envers les acheteurs. Ils peuvent fixer les prix comme ils l'entendent. Prenons le cas de l’arachide, de la noix de palme ou du coton par exemple. Les cours sont au plus bas actuellement. Cours bas = ventes avec peu de profits. Or en s’orientant d’abord vers les produits destinées à la consommation locale et en favorisant cette consommation (droits de douanes plus élevés sur les produits importés par exemple), on permet l’émergences de consommateurs et d’acteurs locaux. Par la même occasion, on résoudrait l’aberration qui est d’avoir un continent fertile mais victime de crise alimentaire. Je ne comprends toujours pas comment l’Afrique de l’Est est un producteur de roses pendant que des famines sévissent dans cette région.

En outre, c'est bien beau d'avoir plein de cimenteries, de brasseries, de sociétés de télécommunications. Mais il faut pouvoir fabriquer la vaisselle pour la maison construite, il faut pouvoir fabriquer les bouteilles pour les boissons et il faut être capable de fabrique l'appareil pour exploiter le réseau téléphonique.

Il faudrait donc mettre l’accent sur l’économie de production et de transformation pour se développer.

Troisième élément de comparaison : l'éducation

Etant donné que les informations sur les dépenses publiques en éducation ne sont pas, soit disponibles, soit actualisées, on partira d’observations générales. La qualité de l’éducation dans les pays émergents n’a rien à envier à celle des pays développés. Leurs universités, écoles et autres figurent, dans les meilleurs classements. Ceci n’est pas dû au hasard mais répond à une stratégie. Ce n’est pas pour rien que l’on retrouve les meilleurs ingénieurs dans ces pays où l’apprentissage est souvent professionnalisant.

L’apprentissage professionnel est fondamental. Il faut des maçons, tailleurs, agriculteurs, capables de comprendre le monde dans lequel ils évoluent et les changements s'y opérant. Il leurs faut des notions de bases en gestions. C’est ces gens qui développent un pays. Ce qu’on appelle communément des ouvriers, des non-cadres en Occident. Tout le monde ne peut être cadre. On peut être maçon et être aller à l’école : on appelle ça un architecte. On peut être coiffeur et être un cadre : on appelle ça un visagiste. Il faut des gens capables de produire et de transformer. Il faut des gens pour construire les usines. Il faut des gens pour réparer les machines. Malheureusement, la plupart des jeunes africains vont vers des métiers de services. On y ajoute le fait que l’accompagnement et l’orientation sont inexistants tandis que les stratégies éducatives au service du développement ont déserté les cerveaux de nos dirigeants. Pour l’anecdote, au détour d’une discussion, mon père m’a dit que dès le départ il n’avait aucune confiance dans la politique du président béninois. Pourquoi ? Parce que quelqu’un qui prétend développer un pays connaît l’importance de l’apprentissage technique et professionnel. Dans le premier gouvernement du sieur président, ce poste a disparu.

Enfin il faut investir, il faut faciliter les investissements. L’un des problèmes en Afrique c’est la méso-finance. Le passage de petite à moyenne et le passage de moyenne à grande entreprise. Les micro-crédits pullulent sur le continent. C’est idéal pour démarrer. Les grandes entreprises africaines du fait de leurs tailles n’ont pas de mal à obtenir des financements. Mais pour les entreprises coincées dans le méso-financement, c’est un purgatoire. Les dossiers à monter sont incompréhensibles, les conditions d’accès à un crédit substantiel sont drastiques et frôlent l’arnaque. Pourtant ces entreprises doivent grandir. Afin de pouvoir créer plus de richesses.

L'accès à l'investissement et une éducation de qualité sont des conditions sine qua non pour le développement de l'Afrique.

En somme, il faut à l'Afrique une stratégie éducative afin d'améliorer la production et la transformation tout en facilitant les investissements.

Pour reprendre l’analogie du début, il faut que les propriétaires de la maison permettent à leurs enfants de recevoir une éducation de qualité. De cette manière, ces derniers pourront transformer ce qui est produit et construire une cuisine pour préparer ce qui est transformé. Pour cela les enfants doivent être capable d’acheter de nouveaux outils pour accroitre la production et agrandir la cuisine. Comme ça, plus personne n’aura faim. Mais chaque maison ayant sa particularité, à chaque propriétaire de s'adapter.
A state without the means of some change is without the means of its conservation" — (Edmund BURKE)
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